Au Coin du Tricar

Werner I Histoire

 
emblème de la marque Werner
Étant donné que le chapitre consacré à la marque Werner est très long, nous l'avons divisé en deux parties. La première partie couvre l'histoire, la deuxième partie présente les tricars, motocyclettes et voiturettes.

 
Les photos des frères Werner

Avant de retracer l'histoire des personnages et de la marque, il convient de donner un visage à chacun des frères Michel, Eugène et Alexis Werner (le troisième frère méconnu). À notre connaissance, les seules images sur lesquelles les personnes sont identifiées avec certitude par l'indication du prénom sont les deux photos ci-dessous à gauche. Celle qui représente Michel Werner est issue de sa nécrologie dans La Vie au Grand Air du 8 septembre 1905. La photo d'Eugène Werner, inconnue jusqu'ici, nous l'avons trouvée dans une revue autrichienne (ce qui explique la forme allemande Eugen du prénom et la typographie gothique). 
 
portraits des trois frères Werner, Michel, Eugène, Alexis
Portraits des frères Werner: Michel, Eugène et Alexis. (agrandir)

La photo à droite, qui est un détail de la photo ci-dessous, représente "Werner" selon la légende du photographe Jules Beau. On a supposé qu'il s'agit de Michel Werner, une présomption qui, répétée souvent, a obtenu avec le temps le statut d'une certitude dans les manuels de l'histoire de la moto. Mais le portrait de Michel ci-dessus démontre que cette idée est fausse. Nous pensons que c'est en réalité Alexis qui pose sur la motocyclette Werner modèle 1898.
 
Alexis Werner sur motocyclette Werner, 1898
Alexis Werner en 1898
 
Retenons pour le moment que Michel, à la différence d'Eugène et d'Alexis qui ont les cheveux noirs, semble avoir les cheveux plus clairs. Eugène porte une barbe noire, tandis qu'Alexis, qui en plus a une légère tendance à prendre des kilos, arbore une imposante moustache noire.
 
Eugène et Alexis Werner au stand du Salon automobile 1902
 
La photo ci-dessus montre "les frères Werner" à leur stand au Salon de l'automobile en décembre 1902. Aucun des deux hommes ne ressemble à Michel. Derrière le bureau, on reconnaît Eugène ; le moustachu qui fait semblant de lire le journal L'Auto-Vélo doit donc être Alexis.
 
Nous nous tournons maintenant vers deux autres photos qui, à notre avis, montrent respectivement les trois frères ensemble et Michel avec Gaston Rivierre. Il faut garder à l'esprit que, généralement, les personnes qui apparaissent sur les photos lors d'un événement, sauf s'il s'agit de la foule accidentelle des spectateurs, étaient des figures connues dans le monde de la motocyclette et de l'industrie automobile. De la plupart d'eux, on connaît probablement le nom, mais nous ne sommes pas dans la mesure de les identifier sur les photos, car personne n'a entrepris jusqu'ici des recherches systématiques dans ce domaine (c'est encore une attente importante vis-à-vis de la recherche).
Les frères Werner mentionnés parmi les VIPs au critérium 1900La photo suivante fut prise lors du Critérium des motocyclettes le 31 mai 1900 dans les locaux de la plâtrerie Canet. Selon la légende du photographe, elle montre "le pesage de la bicyclette de Rivierre". La moto sur la bascule est en réalité une Lamaudière, mais peu importe : Jules Beau a réussi à réunir les frères Werner, même leurs enfants sont là. C'était probablement une occasion exceptionnelle, car Alexis passait la plupart de son temps à Londres.
En général, les photos de l'époque ne sont pas de photos instantanées. Les personnes sont soigneusement arrangées en fonction de leur importance pour la situation spécifique. On peut donc supposer que les personnages les plus importants se trouvent au centre.
 
critérium des motocyclettes, mai 1900, pesage, moto Lamaudière
31 mai 1900, pesage d'une Lamaudière et Labre (agrandir)
 
Nous proposons la suivante identification: 1) Michel Werner 2) Eugène Werner 3) Gaston Rivierre qui pilotera l'une des motos Werner 4) le commissaire qui dirige le pesage et qui apparaît aussi sur d'autres photos 5) Alexis Werner.
Lors du même événement fut prise la photo ci-dessous qui montre Michel Werner avec Gaston Rivierre.
 
Michel Werner et Gaston Rivierre, 1900
 
L'identification est plus évidente si l'on compare tous les portraits de Michel disposés côte à côte. Surtout la zone des yeux est sans équivoque.
 
Trois portraits de Michel Werner
 
Nous faisons le même arrangement avec les portraits d'Eugène et d'Alexis :
 
Trois portraits d'Eugène Werner
Eugène Werner

Trois portraits d'Alexis Werner
Alexis Werner


Histoire

L'histoire des frères Werner est un complexe presque impénétrable. Les scènes de l'action sont la Russie, la France et l'Angleterre. Nos connaissances sont fragmentaires et beaucoup reste hypothétique. Nous laissons de côté les  fausses informations qui circulent sur les frères, même dans des livres jugés sérieux, et dont certaines sont carrément absurdes, comme p. ex. l'idée qu'Eugène Werner – mort en 1908 – fut ruiné par la chute des emprunts russes provoquée par la révolution d'octobre 1917. Eh non, il n'a pas non plus dilapidé sa fortune au casino de Monaco !
Heureusement, toute personne intéressée peut consulter dès 2015 un article remarquable rédigé par Jean-Claude Seguin Vergara dans le cadre du projet GRIMH (Groupe de recherche sur l'image dans le monde hispanique. Vers l'article). Cet article traite avec rigueur scientifique de la première phase commerciale des frères Werner dans les années 1893 – 1896 et apporte aussi quelques données généalogiques. Nous pouvons donc être (un peu) plus bref sur cette époque.
 
Par contre, nous allons parler plus en détail des origines de la famille Werner. Moscou comme lieu de naissance et l'origine française des frères Werner semblent être bien attestées par la presse contemporaine; la source de ces articles, naturellement, ce sont les frères eux-mêmes. On aimerait tant y croire, mais malheureusement, cette affirmation est peu vraisemblable. Dans un climat social et politique qui donnait naissance à l'affaire Dreyfus (D. était Alsacien et Juif), les frères Werner, comme nous le verrons, avaient peut-être de bonnes raisons d'insister sur une prétendue origine française.
 
acte de décès de Michel Werner   acte de décès d'Eugène Werner, Monaco
 
Avant d'aborder cette question, nous présentons les membres connus de la famille Werner. Grâce aux actes de décès de Michel et d'Eugène et à l'acte de mariage de Michel, on connaît les parents, Antoine Werner, professeur des sciences et Frédérique Kronfeld. Les enfants sont Michel (*1859 à Kherson / Russie, +21 août 1905 à Paris), Eugène (*1861 Odessa / Russie, +11 avril 1908 à Monaco) et Alexis (*1869 ? Russie). Selon Jean-Claude Seguin Vergara, il y avait deux autres sœurs et frères, Hippolyte et Sophie, qui s'est mariée avec un certain Grigorieff.
Werner est un nom allemand qui est répandu en Allemagne Méridionale, plus précisément, en Bavière et au Bade-Wurtemberg, et par là aussi en Alsace. Le nom Werner est en plus fréquent aux États-Unis et en Amérique du Sud, grâce aux descendants des émigrés russes d'origine allemande. En ce qui concerne les parents, le prénom "Antoine" pourrait être la francisation a posteriori du prénom allemand Anton, tandis que "Frédérique" est la francisation a posteriori de Friederike. "Kronfeld" est également un nom allemand de la région méridionale d'Allemagne, lequel indique en outre une ascendance juive de la mère. Il s'agit d'un nom juif-ashkénaze que l'on trouve aussi fréquemment dans la région d'Odessa.
Le fait que les frères Werner ne sont pas nés à Moscou, comme ils faisaient croire à tout le monde, mais dans la région de Kherson et Odessa, change considérablement la donne, parce que cette région de la mer Noire a été colonisée par des colons allemands. De ce fait, les anciens documents pertinents, que l'on peut consulter en ligne, sont écrits en allemand. 
 

Ce document est un extrait du registre paroissial du district administratif de Kishinev / Bessarabie. Il s'agit d'une liste des naissances et des baptêmes en 1847 dans cette région. Parmi les baptêmes, on trouve celui d'une Friederike Kronfeld, juive et fille du (petit) marchand Schloime Hirsch Kronfeld (déjà défunt) et de Rachel Kronfeld, "les deux de religion hébraïque". Le baptême a eu lieu à Moloha, un village situé près d'Odessa (aujourd'hui rattaché à la ville). Friederike est âgée de 17 ans quand elle se convertit au christianisme (luthérien) ; elle est née en 1830. La date de naissance aussi bien que le lieu Moloha sont appropriés, et le prénom Friederike est très rare pour une fille juive à cette époque et dans cette région (nous avons trouvé seulement une autre personne du même nom qu'on doit néanmoins exclure). Il est bien possible qu'il s'agisse de la bonne Friederike Kronfeld. Nous soulignons toutefois avec force qu'il n'y a aucune preuve jusqu'ici qui puisse démontrer que cette Friederike Kronfeld est vraiment la future mère des frères Werner ! C'est une hypothèse assez vraisemblable, mais seulement une hypothèseOn trouve environ une poignée de personnes au nom d'Anton Werner dans la région d'Odessa/ Kherson et à Moscou, mais il n'existe aucun document qui démontre un rapport de Friederike Kronfeld avec l'un d'eux.
 
Mer Noire, Ukraine, carte
 
Les grand-pères des frères Werner faisaient très probablement partie des colons venant du sud-ouest de l'Allemagne (Bade-Wurtemberg, Palatinat, Bavière) et qui immigraient entre 1803 et 1815 vers la région nord de la mer Noire autour de Kherson et Odessa. Ces colons répondaient ainsi à une invitation du tsar Alexandre Ier à coloniser les territoires que Catherine II avait annexés après deux guerres victorieuses contre l'Empire Ottoman (1768 – 1774). Ils exploitaient la terre qui a été mise à leur disposition par l'État russe. Avec les colons venaient aussi beaucoup de gens qui exerçaient d'autres professions et qui vivaient dans les villes de Kherson et d'Odessa. Rappelons en passant qu'il n'y avait pas de communauté française dans cette région.
La situation privilégiée des immigrants bascule en 1871 quand ils perdent leur statut de colons et deviennent égaux aux paysans russes. L'introduction du service obligatoire (de 6 à 7 ans de service actif, selon l'arme) pour tous les Russes, y compris les colons, à partir de 1874 provoquait une vague d'émigration. Dans les années 1871–1915, environ 150.000 Allemands de la mer Noire émigrèrent vers les États-Unis, l'Amérique du Sud et l'Europe occidentale.
 
Nous avons déjà évoqué l'ascendance juive de la mère Friederike Kronfeld. Odessa et Kherson ont été fondés à la fin du 18e siècle en tant que villes portuaires de la mer Noire stratégiquement assez importantes. Ici habitaient de nombreux Juifs (environ 30 % de la population) qui étaient marchands et hommes d'affaires. Dès 1821, il y avait de violents pogroms contre les Juifs d'Odessa dont les auteurs étaient surtout les Grecs qui à cette époque dominaient le commerce et l'administration de la ville. Les pogroms dans toute la Russie, mais surtout à Odessa entre 1881 et 1884, qui ont suivi l'assassinat du tsar Alexandre II (13 mars 1881), ont provoqué une vague d'émigration des Juifs vers l'Europe occidentale et l'Amérique.
On ne sait rien sur la famille Werner pendant ces années. Michel faisait son service militaire et entra dans la marine probablement à l'âge de 21 ans, selon la loi russe de 1874. C'était donc environ 1880. Pendant les 10 années de son service, dont 7 années de service actif et 3 années de réserve, il fut promu au rang de lieutenant. En 1890, il devait donc être démobilisé. La base de ces conclusions est une lettre que Michel a écrite en 1893 au journal Le Temps à l'occasion de la visite du tsar Alexandre III, et dans laquelle il se qualifie de lieutenant de vaisseau de réserve. À Moscou sont nées ses deux filles Marguérite Henriette en 1886 et Alice Marie en 1889 (source : actes de marriage de Marguérite et d'Alice). La mère est inconnue. Moscou n'est pas un domicile évident pour un marin, à moins que la famille Werner se soit établie entre-temps dans la métropole.  
Étant donné que le service militaire n'était obligatoire que pour un seul fils d'une famille, il faut partir du principe que ni Eugène ni Alexis (ni Hippolyte, dont on ne sait rien) ont accompli leur service militaire. Eugène faisait des études d'ingénieur et Alexis faisait probablement des études d'ingénieur électricien ("electrical engineer", voir plus loin).
 
Environ 1890 – 1893, les frères Werner s'installent en Europe occidentale. Ils vivent apparemment d'abord à Paris, mais ils ont très tôt entamé des contacts à Londres, où Alexis s'installait au moins temporairement. On ne saurait trop insister sur l'importance de cette connexion avec l'Angleterre, dont "l'architecte" était très probablement Alexis Werner. Sans cela, l'histoire de la marque Werner reste incompréhensible.
 
Le 22 août 1893, Michel et Eugène (et probablement aussi Alexis) fondèrent la société en commandite Werner frères et Cie, agence générale des machines à écrire, 85, rue de Richelieu à Paris. La durée de la société fut limitée à 9 ans, 1 mois et 9 jours. Le capital était de 30 000 fr., dont un tiers en commandite. Selon Jean-Claude Seguin Vergara (site web GRIMH, voir plus haut), Adrienne Charbonnel, la compagne de Michel, faisait aussi partie des fondateurs. Adrienne Josephine Henriette Charbonnel est née à Paris le 28 juillet 1862 comme fille naturelle de la couturière Josephine Valentin et du propriétaire Victor Édouard Charles Charbonnel. Michel et Adrienne se sont mariés le 9 novembre 1897 à Londres. À cette date, les filles de Michel, Marguerite et Alice, ont 11 et 8 ans respectivement.
 
acte de mariage de Michel Werner
L'acte de mariage de Michel ("Michael", forme allemande ou bien anglaise) Werner et Adrienne Charbonnel nous apprend qu'ils se sont mariés selon le rite catholique à St. Mary's Chapel à Londres. Ils étaient célibataires, Michel indique comme profession "officier de Marine en retraite". Les pères des deux époux sont décédés, Antoine Werner était professeur des sciences, Charles Charbonnel était rentier. Au moment de leur mariage, Michel et Adrienne vivaient à l'hôtel "Castle and Falcon", Aldergate Street, London. Les témoins de mariage étaient David Barrett et Catherine Marshall.

Phonographe Edison, publicité des frères Werner 1896 avec dessinÀ partir de février 1894, les machines à écrire disparaissent du programme et sont substituées par des phonographes Edison, dont les frères se vantent d'être le seul importateur en France, ainsi que par des kinétographes. 
Le 15 octobre 1894, la société Werner frères et Cie, machines à écrire, est dissoute ; le liquidateur est Eugène qui quitte apparemment la firme. Car un jour plus tard, le 16 octobre, se constitue la société A[lexis] et M[ichel] Werner et Cie, appareils électriques "Le Kinétoscope Edison", sise au 20, bd Poissonnière. Le capital est de 40.000 fr. dont 30.000 en commandite (Adrienne Charbonnel est peut-être toujours commanditaire).
Le kinétoscope, inventé par Thomas Alva Edison (11 février 1847—18 octobre 1931), a été introduit à Londres à partir d'octobre 1894 par l'homme d'affaires américain Irving T. Bush. En novembre 1894 arrive à Paris le premier envoi venant des États-Unis avec 6 kinétoscopes et 22 films, adressé à Michel Werner, 85 rue (de) Richelieu.
En suivant l'exemple américain (ci-dessous), les frères Werner ont installé plusieurs kinétoscopes, qui fonctionnent toute la journée et le soir, dans leur local, situé au 20, bd Poissonnière.
 
Un Kinetoscope-Parlour (Boston)
Kinetoscope-Parlour, Boston, dans les années 1890

KinetoscopeDans ces appareils, un ruban de film en Celluloïd d'une longueur de 12 mètres, guidée par 16 rouleaux, passe devant une lampe. Dans un petit vitrage le spectateur voit des scènes animées d'un format très réduit.
(Agrandir le dessin ci-contre).
 
Alexis Werner se retire le 1er septembre 1895 de la société, dont la raison devient M[ichel] Werner et Cie et dont le capital est réduit à 38 000 fr. Le siège social revient au 85, rue de Richelieu.
 
Par la suite, Alexis s'installe à Londres, où il habite d'abord 49, Bernard Street, London, WC, plus tard (1899) 44, Queens road, Peckham, London, SE. Il se lance dans la construction d'un accumulateur électrique sur la base de plomb, zinc et cadmium.
Paul de Kilduchevsky, PortraitIl en dépose le brevet le 3 mars 1897 (nº 264.629) en France et le 20 mai 1897 en Angleterre (GB12,443), conjointement avec l'ingénieur électricien Paul de Kilduchevsky (* 1878) qui s'occupait de la réalisation. Une autre amélioration fut brevetée le 18 avril 1899 aux États-Unis (US623,195). Toujours en 1898, le 19 mai, il fonde The Werner Cadmium Electric Accumulator Syndicate Ltd, Devonshire-chambers, Bishopsgate street, London. Kilduchevsky, un émigrant russe naturalisé citoyen américain en 1902, a possiblement mis Alexis en contact avec Edison, qui était toujours à la recherche de l'accumulateur idéal pour alimenter ses appareils. Le laboratoire d'Edison se trouvait à West Orange, New Jersey, très près de Newark où, en 1900, un ingénieur électricien au nom d'Alexis Werner a loué une chambre dans un immeuble (Hill-street 15). Il est né en 1869 en Russie et il est célibataire. Il n'est pas un immigrant, car il a un visa temporaire. On ne veut pas croire à une simple coïncidence, mais cette possibilité existe. S'il s'agit d'un autre Alexis Werner, la date de naissance (1869 ?) que nous avons proposée plus haut n'a plus raison d'être. 
The Werner Cadmium Electric Accumulator Syndicate Ltd. est dissout en 1901.
 
Dans les années 1894 – 1896, tant Michel qu'Eugène, qui produisait et vendait des kinétographes, faisaient beaucoup de publicité, ce qui a donné à penser qu'il existait une concurrence féroce entre les frères. Toutefois, ces publicités se trouvent placées directement l'une sous l'autre dans les journaux, ce qui indique qu'elles ont été postées ensemble. Apparemment, les Werner misaient sur la diversification : Michel se chargeait du segment des phonographes, tandis qu'Eugène perfectionnait et vendait des kinématoscopes dans son magasin sis au 16, rue Saint-Marc, à environ 130 mètres de distance du magasin de Michel.
 
De plus, il existait une deuxième compagnie qui jette une nouvelle lumière sur la concurrence prétendue entre Michel et Eugène. Hormis de la société Michel Werner et Cie existait la société Werner frères et May, appareils de photographie et de projection dénommés kinétographes, 85, rue de Richelieu", qui fut dissoute le 22 décembre 1896. Notez l'absence du nom d'Edison. Cela signifie que les Werner fabriquaient déjà leurs propres kinétographes. Nous ne savons rien sur M. May. Il est possible que cette société ne concernât qu'une branche de la production, les kinétographes qu'on avait développés indépendamment de ceux d'Edison.
 
Portrait d'Alphonse Darras
Chacun des frères Michel et Eugène faisait breveter son propre appareil ainsi que des perfectionnements. Michel dépose le 1er juin 1895 un brevet concernant un phonographe portable, simplifié par rapport aux appareils d'Edison et moins cher que ceux-ci (brevet nº 247.854). Cet appareil fut construit par l'ingénieur-constructeur Alphonse-Jean-Baptiste-Édouard Darras (ci-contre).
 
Le phonographe breveté par Michel Werner, 1895. Dessins
(agrandir)

En supplement était disponible un tube avec douze écouteurs pour le phonographe Werner, ce qui permettait à plusieurs personnes d'écouter la musique en même temps.
 


Le phonographe breveté par Michel Werner, 1895. Photos
Phonographe Werner, construit dans les ateliers d'Alphonse Darras (agrandir)
 
Eugène Werner qui construit également un kinétographe, dépose son brevet (nº 248.254) le 18 juin 1895. Ce kinétographe sera promu fortement comme un produit concurrent français des appareils d'Edison.
 
Publicité pour le kinétographe construit par Eugène Werner 1896
 Notez que le kinétographe d'Eugène est vendu par "MM Werner et Cie" !
 
Cela n'empêchait pourtant pas que les deux frères intensifient en 1896 aussi la promotion pour les phonographes et kinétographes Edison. Ils se présentent comme la "seule maison en Europe autorisée légalement pour la vente [des appareils Edison], seuls fabricants en Europe de bons rubans transparents et nets". Ils font aussi de la promotion pour le fluoroscope Edison pour exhibitions et pour les médecins, ainsi que pour des phantograpes et graphophones.
Également en 1896, Michel et Eugène font breveter conjointement un appareil pour capturer et projeter des films (GB 27585 – "Improvements in Apparatus for Taking and Exhibiting Photographs in Series", 3 décembre 1896, ci-dessous).
 
brevet 1896 des frères Werner. Un appareil pour prendre et projeter des films
 
Les frères Charles et Emile Pathé, dessin par Adrien Barrère, 1901Le temps où les frères étaient encore les seuls à vendre des appareils Edison et faire des inventions dans ce domaine, était désormais révolu. La demande pour ces appareils était énorme, mais la concurrence était aussi très forte. En 1896, les frères Charles et Émile Pathé s'établirent au 98, rue de Richelieu, presque en face du magasin des Werner, et vendait et inventaient eux aussi des phonographes et kinéthographes.
Ci-contre : dessin humoristique par Adrien Barrère, 1901. Agrandir l'image ci-contre. Comme l'indique le coq gaulois, les frères Pathé jouaient la carte nationale face à la concurrence étrangère. Le coq est devenu le célèbre emblème des frères Pathé.

Une pression concurrentielle grandissante venait aussi du côté des frères Lumière, Auguste Marie Nicolas (19 octobre 1862 – 10 avril 1954) et Louis Jean (5 octobre 1864 – 7 juin 1948), les inventeurs du cinématographe. En mars 1895, les frères Lumière faisaient la première projection de films de l'histoire en présentant 10 films courts d'une durée d'environ 50 secs. par film.  
 
En décembre 1896 est dissoute la société Werner frères et May (voir plus haut).
 
En même temps survenait un autre recul : la popularité du kinétographe chutait fortement suite au grand incendie qui ravagea le Bazar de la Charité le 5 mai 1897. La cause de la catastrophe, qui coûtait la vie à 126 personnes, était le kinétographe – l'attraction principale – qui prit feu. Un mois plus tard avait lieu un autre incendie provoqué par un kinétographe dans un musée.
La publicité des Werner disparaît peu à peu en 1897. Les frères Pathé rachetèrent les fonds de commerce des frères Werner (selon J.-C. Seguin Vergara, qui se fonde sur les Mémoires de Charles Pathé), une transaction qui ne ressort pas des archives commerciales.
 
Le graphophone Werner. Dessin 1897
Une des dernières annonces en 1897

 
Déjà en 1896, les frères Michel et Eugène se tournèrent vers la construction d'une bicyclette à moteur baptisée "motocyclette", un nom qui est probablement la contraction du mot moto(bi)cyclette [anglais : motor(bi)cycle, allemand : Motor(fahr)rad. Le mot "Fahrrad" = bicyclette, est composé de "fahren" = conduire et "Rad" = roue ; espagnol : moto(rbi)cicleta]. Après une première tentative avec un moteur fourni par Labitte, ils construisent leur propre moteur qui, monté à l'avant du guidon sur la roue avant d'un vélo, entraîne directement la roue par courroie. La "motocyclette" fut présentée au Salon de Paris en décembre 1897. Le 7 janvier 1898, Michel et Eugène font breveter le moteur et sa position de montage (nº 273.866).
 
Henry Harry John LawsonEncore en 1897, les Werner présentent l'invention en Angleterre à Thomas Robinson, le directeur du British Motor Syndicate et de la Great Horseless Carriage Co. Robinson, qui deviendra en 1898 le directeur de la nouvellement créée Motor Manufacturing Company (MMC) et de la London Steam Omnibus Co., prend le guidon de la motocyclette Werner. L'essai sur route tourne au désastre quand il chute avec la moto et le moteur prend feu à cause de l'allumage par incandescence. Malgré cette mésaventure, Robinson est enthousiasmé. Il croit en l'avenir de la motocyclette et fait un rapport favorable à Henry "Harry" John Lawson (1852 – 1925), le propriétaire de la Motor Manufacturing Company. Cet homme d'affaires anglais, qui intentait de concentrer l'industrie automobile en Angleterre par le rachat de nombreux brevets étrangers, acquiert le brevet des frères Werners pour la somme énorme de 4000 livres sterling (104.000 fr., 1 £ = 26 fr.).  Il paye une partie de la somme – 2500 livres sterling – en liquide et le reste en actions de la MMC. Par la suite, les motocyclettes Werner anglaises seront fabriquées au Motor Mills Plant à Coventry, où un étage entier leur était réservé. La production des motocyclettes y perdurait jusqu'en 1904, quand la Motor Manufacturing Company fait faillite. Thomas Robinson donne à la branche de la MMC qui produit les Werner anglaises le nom Werner Motors Limited. Le siège social se trouve d'abord au numéro 45, Dean street, London W, puis (1902) au 19, Woodstock Street, Oxford Street, London W et, à partir de 1903 au 151a, Regent Street, London.
 
Coventry, The Motor Mills
 
Coventry, usine Motor Mills
Deux vues des usines "Motor Mills" à Coventry
 
En raison de cette transaction commerciale, la société Michel Werner et Cie dispose d'un capital suffisant pour commencer une production à grande échelle. Le siège social est toujours dans la rue de Richelieu. En automne de la même année, la production est lancée dans une première usine à Levallois-Perret, 58 bis, rue Gide.
 
La première usine des frères Werner à Levallois-Perret, 58bis rue Gide
 
En 1898, on y fabrique déjà 300 motocyclettes, et en 1899, 500 machines munies d'un nouvel allumage électrique quittent l'usine. Le 1er avril 1899, la raison sociale de la société M. Werner & Cie est modifiée en raison de l'admission d'Eugène Werner en tant qu'associé en nom collectif et devient (de nouveau) Werner frères et Cie. Le siège est transféré au 40, avenue de la Grande Armée et le capital est porté de 38.000 fr. à 60.000 fr. Eugène a donc apporté à la nouvelle société un tiers du total du capital. Michel, "l'inventeur de la motocyclette" devient le directeur commercial. Eugène, qui restait un peu à l'ombre de son frère, est à notre opinion le véritable cerveau derrière les constructions de la marque. Étant "ingénieur-mécanicien" de profession, il est nommé directeur technique. En 1902, le Ministère d'Agriculture lui avait accordé le grade de Chevalier du Mérite agricole et une médaille d'or gagnée "au concours des appareils utilisant l'alcool dénaturé" (L'Auto-vélo 3/10/1902).

En 1900/1901, la marque essaye de s'implanter aussi aux États-Unis. Werner y cherche non seulement des concessionnaires, mais aussi un grand fabricant de motocyclettes prêt à produire la Motocyclette en licence.
 
1900-1901: Les frères Werner cherchent des agents aux États-Unis. Photo de la motocyclette.
 
La marque commence aussi à s'illustrer en compétition. Au Critérium des motocyclettes le 31 mai 1900, le pilote Paul Bonnard est classifié 2e et un autre pilote Werner, Gaston Rivierre, 6e. En juin 1900, la marque remporte une médaille d'or au concours de l'Exposition universelle sur 815 km. En 1901, Werner participe à plusieurs épreuves. Gaston Rivierre (1er) et Auguste Bucquet (2e) remportent Paris-Bordeaux le 29 mai 1901; les cinq autres participants ont abandonné.
Au concours Paris – Berlin qui se déroule à partir du 27 juin 1901, la marque gagne une médaille de vermeil, et Rivierre remporte le Tour de Hollande (516 km).
En septembre 1901 Hubert Egerton sur sa Werner 1 CV ¼ réussit la plus longue traversée de l'Angleterre de Land's End en Cornouailles à John o' Groat's au nord de l'Ecosse (871 miles) en quatre jours, 9 heures.
 
Hubert Egerton avec sa moto Werner en 1901 à Land's End, Cornwall
Hubert Egerton avec sa Werner 1 CV ¼ à Land's End, 1901.
 
En novembre 1901, Michel et Eugène font breveter conjointement le célèbre cadre dans lequel le moteur prend la place du pédalier qui est déplacé plus en arrière (brevets GB 22,563, ci-dessous et FR 316.105 ; dépôt de dessin GB 383.283). La puissance de la nouvelle moto Werner grimpe de 1 HP ¾ à 2 HP et 2 HP ½.
 
Michel et Eugène Werner, brevet 1901, cadre pour motocyclette
 
On sait que les Werner n'étaient pas les premiers à monter le moteur à la place du pédalier dans le cadre. Mais ils ont reconnu immédiatement le potentiel commercial de cette invention. Par la suite, ils poursuivront pour contrefaçon de brevet tous ceux qui enfreignent leurs droits. Cette pratique est mise en lumière par un procès en Angleterre, le cas Werner Motors Ltd contre A. W. Gamage Ltd (société fondée par Albert Walter Gamage, 1855—1930). En 1903, la société Werner portait plainte contre Gamage qui avait construit en 1902 une moto qui d'après les accusateurs, ressemblait trop au dessin breveté par Werner (le 18/11/1901 en France et le 18/4/1902 en Angleterre).
 
moto Gamage 1902
moto Gamage, 1902
 
moto Chapelle frères 1900, dessin technique
brevet Chapelle frères 1899
 
Les avocats de Gamage contestaient l'originalité de la conception des Werner en invoquant le brevet des frères Louis et Auguste Chapelle de 1899 (GB13970A), publié le 26 mai 1900. Werner Motors gagne le procès, dans lequel le dessin de la Petrolette Omega de 1898 ne jouait aucun rôle, probablement en raison de sa transmission à arbre. Sur la pétrolette Omega voir le blog de Jean Bourdache.
 
"Chaque fois que vous voyez le moteur dans cette position sur n'importe quelle machine, n'oubliez pas que vous êtes en presence d'une copie de la motocyclette Werner", annonce la publicité de 1903 ci-dessous.
 
1903, dessin publicitaire du moteur Werner 2HP

Notez que la publicité ci-dessus mentionne aussi un avant-train ("forecarriage") amovible au prix de 15 — 20 £ pour transformer les motos Werner en tricars.
 
 Stand des Werner frères au Salon 1902
Le stand Werner au Salon de l'automobile 1902
 
La demande pour la moto Werner est très importante en Angleterre. La société Werner Motors Ltd passe en hiver 1901–1902 une commande de 1000 motos à l'usine Werner de Levallois-Perret. La branche anglaise laisse désormais fabriquer en France une grande partie de sa production totale et préfère acheter des machines complètes pour le marché anglais. Étant débordée par la demande, l'usine de la rue Gide devient trop petite et est donnée à bail. Au début de mars 1903, une nouvelle usine, qui occupe environ 5000 mètres carrés, est inaugurée à Levallois-Perret, rue Greffulhe, 18. En 1903, la nouvelle usine produit 3000 motocyclettes. Ce chiffre marque l'apogée de la production qui est ensuite en recul à cause de la concurrence croissante d'autres constructeurs qui imitaient le "système Werner" et montaient également le moteur au milieu du cadre.
Eugène Werner est élu en 1903 comme vice-président de la Chambre syndicale des constructeurs de motocyclettes, Michel Werner est membre du comité de la Chambre syndicale.
 
1903, Arnott pilote une moto Werner au concours Paris-Madrid
Ernest Henry Arnott (*20 juin 1878 à Dublin, Ireland, +1947, Bucklow, Angleterre) en mai 1903 avec sa motocyclette Werner
 
À la course Paris – Madrid (19 – 25 mai 1903) participent quatre pilotes Werner : Bucquet (nº 42) qui se classifie 1er de sa classe, Ernest H. Arnott (nº 84), l'un des directeurs de la branche anglaise Werner Motors Ltd. (ci-dessus), Rivierre (nº 159) et Maillard (nº 286). Ces trois derniers doivent abandonner avant d'arriver à Bordeaux.
 
En 1904, la Motor Manufacturing Company se déclare en faillite. La fabrique à Coventry (Motor Mills Plant) est rachetée par un syndicat anglais. En même temps, une nouvelle société est fondée, Werner Frères Limited. Au cours de cette transaction, chacun des frères Michel et Eugène reçoit 20.000 £ ainsi que des actions (selon La Cocarde du 14/11/1904, les frères n'ont touché que 10.000 £). Werner Frères Ltd est à partir du 19 mai 1904 abonnée au timbre pour 25.000 actions ordinaires nos 8 à 25007, d'une valeur nominale de 1 livre sterling chacune. Le siège social est à Londres, 22, Mortimer Street, avec siège d'exploitation à Paris, 10 bis, avenue de la Grande Armée (avant 1904, il se trouvait au 40, av. de la Grande Armée) et usine à Levallois-Perret, 18, rue Greffulhe.
À partir de 1903, la branche anglaise s'était tournée aussi vers la construction de tricars. Le tricar Werner est exposé au Salon de Paris 1904. En 1905, deux tricars Werner participent sans succès au Critérium des tricars.
 
Deuxième usine des Werner frères à Levallois Perret, rue Greffulhe, 18 
Dans la nouvelle usine au 18, rue Greffulhe à Levallois-Perret en 1904
 
L'année 1905 marque un tournant pour l'entreprise. Le 21 août 1905, Michel Werner meurt à son domicile 2, rue de Villebois Mareuil à Paris à l'âge de 46 ans. Retourné de brèves vacances à la mer, il succombe aux suites d'une insolation. Il fut enterré au cimetière des Batignolles (Paris). Sa veuve, Adrienne, se marie en 1908 à Neuilly-sur-Seine avec Justin Couderc. Elle est décédée le 23 mars 1936 à Paris.
Àprès la mort de son frère, Eugène mène l'entreprise et procède à la liquidation qui est inévitable, car il faut diminuer le capital et dissoudre la société. Les parents survivants de Michel, semble-t-il, s'intéressent plus au versement des parts qui leur reviennent qu'à la continuation de l'entreprise.
Le 29 septembre 1906 a lieu la liquidation judiciaire de la Société Anonyme Werner frères Limited au capital de 120.000 livres sterling, ayant pour objet la fabrication et le commerce de motocyclettes.
 
Robert Gallien et Louis Sarda
Société des automobiles Werner
 
Encore en 1906, la marque "Werner" et les fonds de fabrication à Levallois-Perret sont vendus à Louis Sarda et Robert Gallien qui deviennent les nouveaux directeurs des Éts Werner. Sarda avait jusqu'ici une fabrique de roues, la société "Sarda & Cie, Roues Vinet" à Neuilly-sur-Seine, 61, rue de Villiers. Robert Gallien était le fils du fondateur de la Société anonyme du Pneumatique-Cuir Samson, sise 10, rue François-Ier à Paris. Gallien  et Sarda fondent une société, exploitant les anciennes usines Werner. En 1907, ils agrandissent l'usine pour la fabrication de voiturettes.
 
le magasin "Motocyclette Werner", 10bis av de la Grande Armee; Portraits de Gallien et de Sarda
Devanture du magasin "Motocyclette Werner", 10 bis, avenue de la Grande Armée à Paris.
En médaillon à gauche Robert Gallien, à droite Louis Sarda.
 
La production des motocyclettes continue sans changements majeurs. La modification la plus importante est l'introduction en 1906 (1905 en Angleterre) d'une fourche élastique. Le tricar à cadre est abandonné en 1906 au profit d'une tri-voiturette avec châssis en tôle emboutie, plus stable que le châssis tubulaire du tricar. Le moteur est un bicylindre de 6 HP. Un changement épicycloïdal donne deux vitesses, 30 et 60 km/h. La gamme 1906 est encore entièrement l'œuvre d'Eugène Werner.
 
stand des Etablissements Werner au Salon de Madrid 1907
 
Au Salon de Madrid 1907 (ci dessus) sont exposées trois modèles de motocyclettes, la 4 HP à 2 cylindres verticaux, la 2 HP ½ (1 cyl.) et la 2 HP ¾ (1 cyl.) type course. Mais la nouveauté la plus grande est une voiturette munie d'un bicylindre de 7 HP, "économique, pratique et robuste" selon la publicité.
En 1908, la marque dispose de trois modèles de voiturettes, de la 7 HP, d'une 10 HP et d'une 14 HP. Le 31 janvier 1908, une équipe formée par MM. Lelouvier (conducteur), Hoffmann (mécanicien) et Drighe se met en route pour un tour du monde avec la voiturette 7 HP ( modèle "Tour du Monde").
 
Le 6 juillet 1908 doit se tenir à Dieppe le Grand Prix des voiturettes, auquel Louis Sarda envisage d'engager trois voiturettes Werner pilotées par Léon Molon, Jean Vallé et le prince Sturdza. Afin de préparer soigneusement la course, il se dirige déjà en avril à Dieppe en voiturette Werner. À cause de son départ, il ne peut pas assister au Meeting de Monaco, auquel doit participer dans la série 1 (petits cruisers) la Werner-Nautilus (nº 9), un bateau à moteur Werner, construit au chantier naval Blondeau et Deschamps à Sartrouville et qui est la propriété de Gallien et de Sarda. À sa place, c'est Eugène Werner, entre-temps devenu "rentier", qui accompagne le bateau à Monaco.
 
Meeting de Monaco 1908. Courses des canots automobiles
Avril 1908, Meeting de Monaco, courses des canots automobiles
 
On ne sait pas ce qui lui est arrivé. Tombé gravement malade, il est transporté à la Villa Saint-Albert, une maison de santé et pension dirigée par des religieuses. Là, Eugène Werner meurt le 11 avril 1908 à cause d'une "paralysie du cerveau". Il est âgé de 47 ans. Son cercueil est transféré à Paris, où Eugène est enterré à côté de Michel au cimetière des Batignolles.
 
Monaco, Villa Saint-Albert
 La Villa Saint-Albert à Monaco, 9, bd de l'Observatoire (aujourd'hui : bd du Jardin Exotique),
la maison où Eugène Werner est décédé.
 
Nadezhda Alekseevna Bakerkina, danseuse de ballet, St-Petersburg. portrait.Eugène Werner laisse derrière lui son épouse Nadine Bakerkine et un fils qui s'appelait Michel. "Nadine" (Nadezhda, "Nadja"), est la danseuse de ballet russe Nadezhda Alekseevna Bakerkina (1869 – 1941), ci-contre. Outre la rareté de son nom, l'identification est assurée par le fait que Bakerkina a ajouté son nom de jeune fille comme nom d'artiste à son nom de famille Werner.

extrait d'un annuaire de St-Pétersbourg, 1901, avec le nom Bakerkina-Werner
 
Elle figure donc dans les Annuaires de Saint-Pétersbourg entre 1901 et 1931 tantôt comme "Bakerkina (Werner)" tantôt comme "Werner (Bakerkina)". Heureusement, l'Annuaire donne aussi sa profession "danseuse de ballet" ("artistka baleta"). Sa sœur Marie Bakerkina était également danseuse de ballet.
Bakerkina commençait sa carrière de danseuse au Théâtre du Bolchoï à Moscou (1886—1896). Après le couronnement du Tsar Nicolai II en 1896, elle fut transférée au Théâtre Mariinksi à Saint-Pétersbourg, où elle était engagée jusqu'en 1906. Elle épousa Eugène Werner avant 1901 (première apparition connue du nom Bakerkina-Werner), mais elle vit la majeure partie du temps en Russie, d'abord à Moscou, puis à St-Pétersbourg.
Après la Révolution russe, elle était conservatrice du département de ballet au Musée du Théâtre de Leningrad / Saint-Pétersbourg.
 
En 1909, la société Gallien et Sarda déménage et les Éts Werner se trouvent à partir du 1er février aux 225 et 227, rue du Vieux-Pont-de Sèvres à Billancourt. Mais déjà en été de la même année, la société est en faillite.
Le 9 juillet 1909, Sarda et Gallien vendent leurs fonds de fabrication à la société E. P. Buzelin & Cie, s'étant constituée justement le 5 juillet 1909. Buzelin & Cie, en faillite déjà en août 1910, n'utilisaient pas le nom de marque "Werner".
À partir de 1911 apparaît dans les journaux un certain Maillard comme successeur qui utilise dans sa publicité tantôt l'indication "Éts Werner" tantôt l'indication "mécanique en général, pièces Werner". Il fabrique surtout des voiturettes et voitures et fournit des pièces de rechange pour les motos Werner. Au Salon de 1912, Maillard présente une nouvelle voiture 12 HP.
 
Etablissements Werner, Billancourt, publicité 1911 avec dessin d'une voiture
Publicité des Établissements Werner en 1911
 
Il fait une dernière tentative de renouveler la tradition motocyclettiste de la marque en présentant une moto à deux cylindres verticaux, embrayage à disques et changement de vitesse — la Werner 1914.
 
publicité pour la motocyclette Werner 1914
 
La dernière réclame de Maillard / Werner date de 1914. C'était probablement le début de la Première Guerre mondiale qui a mis un terme à la marque Werner.
 
 

 
 
 
Chapitre créé le 26 mai 2020

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