Au Coin du Tricar

Jean et Cie

 
 
Ce chapitre est une version raccourcie et légèrement modifiée de
 Albert Jean, Portrait, adresse et signe

Albert-Benoît Jean, le pionnier du tricar français, est né à Dole (Jura) le 21 janvier 1860. Issu du monde du vélocipède, il se tourna déjà avant 1900 aussi vers la construction des véhicules à moteur.
 
trivoiturette-porteur à moteur De Dion-BoutonAlbert Jean fut présent en tant que constructeur à L'Exposition Universelle de 1900 avec un tri-porteur, dont les roues de l'avant-train mobile portant la charge étaient motrices. Dans ce type de construction, l'avant-train était nécessairement pivotant et alourdi par le moteur encombrant, qui réduit en outre la capacité de chargement, comme l'illustre la tri-voiturette à moteur de Dion-Bouton ci-contre. Comme les deux roues avant du tri-porteur Jean étaient motrices, il fallait monter un différentiel, ce qui explique en partie le prix élevé de 2 000 francs.
 
Le 7 août 1901, il fonda la société en commandite simple Albert Jean & Cie avec siège social au 5, Place Pigalle et ateliers au 84, rue des Martyrs, à Paris. L'une des premières constructions de la nouvelle société est une bicyclette à pétrole munie d'un moteur de 2 à 2 CV ¼ et transmission chaîne-courroie. L'emplacement du moteur, qui est fixé sur le tube horizontal et le tube oblique, près de la douille de direction, n'a rien de spécial pour l'époque (comparez par exemple la Lurquin-Coudert type nº 1 de 1902). 
 
motocyclette "Albert Jean" et son moteur, environ 1900.
                                                                                                                                          source images: zhumoriste

publicité ancienne, le Tri-Balladeur Albert Jean, dessin
Cette moto n'a pas remporté un grand succès, mais Albert Jean réussit le grand saut avec une autre création qui date également de 1901. Il s'agit du premier tricar français à avant-train fixe et direction à fusées directrices ("Système Albert Jean"). Avec ce mototricycle baptisé "Tri-Balladeur", Albert Jean deviendra le père du tricar français. Il prévit aussi la nécessité d'implanter un système de refroidissement à eau. 
Pour des raisons inconnues à nous, la société Jean & Cie fit faillite le 27 novembre 1902. Il semble pourtant qu'il s'agît plutôt d'un dépôt de bilan à l'initiative de la société elle-même ayant pour but la dissolution de celle-ci, car Albert Jean continuait dans son local 5, Place Pigalle jusqu'en 1905. Entre 1902 et 1904, il continue à perfectionner son mototricycle et lance un nouveau modèle plus puissant. À cette époque-là, il collaborait probablement déjà avec Édouard Cheilus qui était encore trop jeune pour fonder une société. Le 4 août 1904 se constitue la société Édouard Cheilus & Cie avec siège social dans les locaux d'Albert Jean, qui est nommé directeur technique de la nouvelle société. Par la suite, Albert Jean participera de manière déterminante au développement des futurs tricars Austral jusqu'en 1907, quand tout le personnel de la société L'Austral fut renouvelé à cause de la reprise de la société par Habert & Cie.
Albert Jean est décédé à l'âge de 50 ans le 12 août 1910 en son domicile au 215, Bvd Saint-Denis, à Courbevoie.

l'équipe Bozier, victorieuse au concours des tricars, 1905 
L'équipe Bozier /Austral victorieuse lors du Concours des Tricars le 10 septembre 1905 : 1) Thomas Schweitzer, 2) Gustave Bozier,
3) Édouard Cheilus, 4) Étienne-Édouard Giraud, 
5) Albert Jean, 6) Henri-Victor Jean, 7) Mme Jean (?), née Estelle Duez  
source photo d'origine:
Zhumoriste 

 
Le mototricycle A. Jean "Tri-Balladeur" (première version)

tricar Albert Jean, photographie et dessin
 
À en juger par les images, le châssis-cadre du Tri-Balladeur est composé d'un châssis formé par une poutre centrale qui est solidaire de l'essieu avant et qui porte un cadre de moto "adapté", c'est-à-dire le tube oblique est absent et le tube de direction est allongé. La fixation rigide entre l'avant-train et la partie avant du cadre est assurée aussi par deux tubes de raccordement, boulonnés sur le tube de direction. Le moteur est placé juste après la colonne de direction verticale et bien devant le pédalier. 

Édouard Cheilus avec le Tri-balladeur Albert Jean en 1906 lors de la "Promenade des vieux tacots".
Édouard Cheilus avec un Tri-Balladeur A. Jean lors de la "Promenade des vieux tacots" en 1906.

moteur de la motocyclette Albert JeanLe moteur maison est le même que celui qui équipait déjà la moto légère d'Albert Jean. À cause du grand volant extérieur, le carter est très petit et coulé d'une seule pièce. Pour visiter le vilebrequin et la bielle, on dévisse les 6 écrous qui maintiennent en place le couvercle. Ce dernier est marqué Albert Jean & Cie, Paris, avec une étoile à six branches au centre. Le cylindre et la culasse détachable sont montés sur deux colonnes d'assemblage qui sont fixées au moyen de deux attaches venues de fonte avec le carter. Le cylindre est doté d'ailettes qui s'étendent sur toute sa longueur (comme sur le moteur de Dion-Bouton). Le sommet de la culasse porte un robinet de décompression et la pipe avec la soupape d'admission automatique. Celle-ci se trouve au-dessus de la soupape d'échappement commandée, dont on aperçoit le ressort. La bougie est vissée horizontalement dans la culasse qui, elle, est ailetté verticalement.
La puissance est de 2 CV.
 
Sur le Tri-Balladeur avec refroidissement à eau, le cylindre ailetté porte une culasse entourée d'une chemise d'eau (refroidissement mixte). Le réservoir d'eau, dont la forme est cylindrique, est placé sur le garde-boue arrière. Le refroidisseur est du type tubulaire à ailettes. Le tube est coudé en serpentin et disposé en étages qui sont montés verticalement dans le cadre, au-dessous du réservoir d'essence et d'huile. La circulation de l'eau se fait par thermosiphon.
La transmission est par courroie, sans embrayage et sans changement de vitesse.
 
direction d'un tricar AustralLa direction à guidon commande directement au moyen d'une barre de connexion reliée à la partie inférieure du plongeur la fusée gauche. Le mouvement de celle-ci est transmis à la fusée droite par une barre transversale.  
L'illustration ci-contre représente la direction du tricar Austral à transmission par cardan. Voir aussi le chapitre "Essieu avant et direction". 
Le châssis n'a pas de suspension ; c'est seulement le siège qui est suspendu.

mototricycle Albert-Jean, vue arrière

Le Mototricycle Albert Jean, deuxième version 

L'existence d'une deuxième version du mototricycle Albert Jean est démontrée par le dessin ci-dessous.
 
Le tricar Albert-Jean, deuxième version. Dessin
 
Par rapport à la première version, l'aspect du tricar n'a guère changé, mais la colonne de direction est ici inclinée comme sur les futurs tricars Austral. Une nouveauté d'avenir est la suppression des pédales. Le démarrage se fait donc par manivelle ou par toupie, ce qui entraîne le montage d'un embrayage. On reconnaît sur le dessin, entre le cylindre et le réservoir d'huile et d'essence, une tringle verticale reliée à un levier qui est fixé sur le tube horizontal et qui commande apparemment l'embrayage. Comme il n'est plus possible de gravir une côte en pédalant pour soulager le moteur, ce dernier doit être plus puissant. Le bas moteur avec le grand volant extérieur ressemble celui du prédécesseur, mais le cylindre à ailettes avec sa culasse détachable et refroidie par eau de celui-ci ne fut pas conservé. Le nouveau moteur possède un cylindre venu de fonte avec la culasse et entouré entièrement d'une chemise d'eau. Le dessin montre le même système de refroidissement au moyen d'un réservoir d'eau, placé sur le garde-boue arrière, et d'un radiateur tubulaire coudé en serpentin et disposé à l'intérieur du cadre. Selon une annonce de vente, le moteur donne une puissance de 2 CV ½, ce qui assure une vitesse maximale de 35 km/h.
La transmission est toujours à courroie. Deux manettes au guidon commandent les freins disposés sur le moyeu arrière. Il s'agit probablement des freins à enroulement comme on les trouve encore sur le futur tricar Austral type A. L'allumage s'effectue par piles ou accumulateurs et une bobine, qui est fixée sur le tube de selle.
 
 


 
 

  Chapitre créé le 7 novembre 2019

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