Au Coin du Tricar

Ateliers du Furan S.A.F.

 

Les débuts: les frères Dombret, Victor Jussy


À l'origine de l'entreprise qui un jour deviendrá la Société Anonyme des Ateliers du Furan (S.A.F.) à Saint-Étienne furent deux personnalités stéphanoises: le fabricant de soieries Victor Jussy et l'armurier Georges Dombret, frère d'Auguste Dombret. Ce dernier fut l'un des pionniers de la construction des cycles à Saint-Étienne, mais contrairement à l'opinion répandue, il ne s'etait jamais associé à Victor Jussy! À l'origine de cet erreur est sans doute le fait qu'on sait beaucoup sur lui en tant que fabricant de vélos, tandis que son frère Georges avait tombé dans l'oubli.
Auguste Dombret (16.6.1840 — juin 1913) et son frère Georges (22.4.1844 — 9.8.1909) sont nés à Mutzig (canton de Molsheim, Bas-Rhin) comme fils de l'armurier Henri Dombret et de son épouse Marie Dieudonnée Regnault.
Étant donné que l'on confonde souvent les entreprises et les produits des deux frères, nous ajoutons une breve digression sur la carrière d'Auguste.

Dombret Ainé et ses fils, cycles Ouragan 

affiche cycles OuraganÀ partir des années 1860, Auguste occupa pendant 25 ans le poste de chef d'atelier dans la Manufacture nationale d'armes de Saint-Étienne. Au milieu des années 1890, il a repris apparement l'atelier de son frère George et s' est lancé dans la fabrication de vélos dans l'ancien atelier de celui-ci situé au 27, rue de l'Heurton (voir plus loin). En 1870, il avait épousé Amélie Fernande Schaudel à Châtellerault. Le couple avait trois fils, Émile (*1875 à Saint-Étienne, +25 avril 1934 à Bordeaux), Charles (*1er février 1876 à Saint-Étienne, + 1940) et Victor. Ceux-ci ont fait leur apprentissage auprès de leur père et sont devenus mécaniciens. Ils ont également participé activement à des courses cyclistes et ont souvent remporté des victoires avec des vélos "Ouragan", la marque qu'Auguste avait créée en 1891, sous la raison sociale "Dombret Ainé et ses fils".
En 1893, Émile Dombret était contremaître dans l'atelier de son père. Peu après 1894, il rejoignit cependant son oncle maternel, Charles Schaudel (1866 —1938), à Bordeaux et tous deux construisirent les premières automobiles Schaudel. À partir de 1889, ils commercialisèrent un bloc-moteur, dénommé le "Motobloc"
(vers une annonce). Émile Dombret devint directeur de l'entreprise dite également "Motobloc" et resta à Bordeaux. Charles resta à Saint-Étienne, nous ne savons rien de plus sur Victor.

Dombret ainé et ses fils cycles Ouragan

Jusqu'en 1894, la société "Dombret Ainé et ses fils" fabriquait des vélos et des outils sous la marque "Ouragan" dans l'atelier de la rue de l'Heurton. Ses produits remportèrent des médailles d'argent et d'or lors d'expositions à Saint-Étienne et Bordeaux.

Mais dans la nuit du 9 mars 1894, un violent incendie détruisit complètement son atelier ainsi que d'autres ateliers regroupés dans la même cour. Cependant, Dombret avait déjà commencé à construire une usine plus vaste au 33, avenue Denfert-Rochereau (Château Creux). Il y avait déjà suffisamment de matériel dans la nouvelle usine pour que les dommages puissent être payés et que le travail puisse continuer. Dombret avait également fondé une nouvelle société en 1894: la "Société Anonyme des Établissements Dombret Aîné". La fabrication des vélos et des outils Ouragan se poursuivit, mais nous n'entendons plus parler de la marque après 1900.

Georges Dombret et Victor Jussy

La première entreprise de Georges Dombret, fondée vers 1874, était une usine d'armes, initialement située dans la rue de l'Heurton (selon le catalogue de 1891). Lors de son mariage en 1878, Georges est désigné "maître d'usine".
En 1885, il laissa apparement son atelier à son frère Auguste, car  on le trouve avec une nouvelle usine de sa propriété à la périphérie de Saint-Étienne, dans une banlieue industrielle appelée La Chaléassière, située au bord de la rivière Furan, dont l'énergie hydraulique alimente de nombreuses usines. L'entreprise produisait d'abord des moteurs à gaz, des fusils et, à partir de 1888, des bicyclettes. Cette petite usine d'armes était située à proximité immédiate de la grande Manufacture nationale d'armes.

plan de Saint-Etienne 1893
Plan de Saint Étienne, 1893. Marqué en rouge le lieu de La Chaléassière

 Plan de La Chaléassière
Plan de la zone industrielle au lieu de La Chaléassière sur lequel figure la rue Barrouin, qui n'a reçu son nom que le 10.2.1892

Dombret & Jussy (1890-1892)

affiche Dombret et JussyC'est ici qu'entre en scène le troisième acteur: Victor Jean Jussy.
Victor Jussy est né le 13 mars 1856 à Néronde-sur-Dore comme fils de l'avocat Charles Jussy (19 décembre 1817 — 22 octobre 1862) et de son épouse Marie Louise Gondre (1829 — 1906). Diplômé de l'École supérieure de commerce, il s'essaie d'abord à la fabrication de soieries. Sa société avec MM. Neumann et Schaffner, une soierie à Saint-Étienne, fut dissoute le 30 décembre 1882 et Jussy se tourne vers la fabrication d'armes, de la mécanique et très vite à la production de vélos. 
À cette fin, il s'associa avec Georges Dombret et, vers 1886, ils décidèrent de transformer l'usine d'armes de Dombret en usine de vélos. Probablement Dombret, comme d'autres petits fabricants d'armes, ne pouvait plus résister à la concurrence de la Manufacture Nationale d'armes, qui dominait le marché. 
affiche Dombret et JussyCette transformation fut achevée en 1889 et, le 23 juillet 1890, Georges Dombret (domicilié rue Balay, 2) et Victor Jussy (domicilié rue de la République, 22) fondèrent la société en nom collectif "Dombret & Jussy", pour la fabrication de vélocipèdes et bicycles avec un capital de 100.000 francs. 

Les marques déposées de la maison Dombret et Jussy étaient: L'Estafette, Le Sloughi et Le Mistral.

La société en nom collectif Dombret & Jussy fut dissoute le 15 septembre 1892, lorsque Georges Dombret s'en retira après seulement deux ans. Nous ne savons rien de la suite de sa vie. Mais comme toutes les autres activités de Jussy se déroulaient dans les locaux de l'entreprise à La Chaléassière, rue Barrouin, nous pouvons supposer que Georges y est resté d'une manière ou d'une autre ou qu'il a été dédommagé.
 

Jussy & Cie (1892-1898), Société Anonyme des Établissements Jussy (1898-1906)

affiche Jussy et CompagnieVictor Jussy, quant à lui, s'est associé à Jean Baptiste Joseph Bertolus (sans profession, domicilié au 13, place Marengo) et au mécanicien Louis Presle (13, rue Jacquard). Le 14 octobre 1892, ils fondèrent une société en nom collectif pour la fabrication et la vente de vélocipèdes, bicyclettes, bicycles et tricycles ainsi que de tous produits mécaniques sous la raison sociale "Jussy et Cie" avec un capital de 200.000 francs.
En 1896, Jean Bertolus quitta la société et fut remplacé par l'industriel Arthur Serasset (rue Gambetta 14) dans le cadre d'une refondation de la société.
À cette occasion, la gamme de produits fut élargie pour incluire des voitures d'enfants, des fauteuils de malades, des voiturettes-remorques à deux places pour tricycles ou motos, et le capital fixé à 300.000 francs. La raison sociale resta "Jussy et Compagnie".
La nouvelle marque sous laquelle cette société vendait ses vélos, s'appelait "Lux".

Le capitaine RobertDeux ans plus tard, le 26 septembre 1898, cette société est transformée en société anonyme et prend le nom de "Société Anonyme des Établissements Jussy". Le siège social reste inchangé, le capital s'élève désormais à 1.200.000 francs, les fondateurs sont toujours Victor Jussy, Arthur Serasset et Louis Presle. Le président est Irénée Laurent, les administrateurs délégués Antoine Arbel, Etienne Morel, Arthur Serasset et Victor Jussy, le commissaire est M. Deydier. Une nouvelle activité vient s'ajouter à celles de l'entreprise: l'exploitation des machines américaines à décolleter du système Spencer, qui comprend la fabrication et la vente desdites machines. 
De 1902 à au moins 1911, le capitaine Octave Camille Robert occupe les fonctions de directeur et aussi de représentant de la société lors des salons et expositions.

En 1902, les Éts Jussy construisent un vélo sans chaîne, baptisé "La Percutante". Au même temps, ils fabriquent sous licence le célèbre moteur "Motosacoche", breveté le 23 juillet 1900 par les frères suisses Armand et Henri Dufaux. Ce kit permet de transformer en quelques minutes une bicyclette quelconque en motocyclette. Le petit engin de 18 kg et d’une puissance de 0,25 HP à 1200 tr/min permet de rouler à 21 km/h.

moteur Motosacoche

 

En 1904, la maison Jussy propose au moins deux modèles de motocyclettes “Lux”, une 2 HP ½ et une 3 HP ½ qui seront également engagées en compétition. En janvier 1904, se déroulent les championnats des motocyclettes (vitesse et fond) organisés par la société “La Pédale de l’Avenir” de Saint-Étienne. Le vainqueur fut le pilote Marandon, de Saint-Étienne, sur Griffon, tandis que Martouret sur Jussy 3 HP ½ se classa deuxième. Matouret sur sa Jussy participera aussi le 14 septembre à ce championnat et se classera troisième. 
À partir du 26 novembre 1904, Marandon a effectué le Tour de France en motocyclette pour le compte de la maison Jussy sur une Jussy 2 HP ½, la moto “la plus faible qui ait fait le Tour de France” (Mémorial de la Loire et de la Haute- Loire, 11 novembre 1904). Il arrive le 8 décembre à Paris, juste à temps pour le Salon, où la moto sera exposée sur le stand de l’entreprise.

Stand Jussy au Salon 1904, détail personnages, moto
Le stand Jussy au Salon 1904. (voir la photo entière)

La photo ci-dessus montre un détail du stand des Éts Jussy au Salon du Cycle et de l’Automobile en décembre 1904. Au centre se trouve la 2 HP ½ qui vient de faire le Tour de France. Cette moto ressemble assez à la Werner 1903, avec le moteur situé à la place du pédalier, entre le tube oblique et le tube de selle, alors que le pédalier est décalé en arrière. Le long réservoir d’essence et de l’huile remplit complètement l’espace entre les deux tubes horizontaux. Le moteur refroidi à l’air est de l’architecture classique généralisée par de Dion-Bouton. La transmission est à courroie, sans changement de vitesse. La moto à gauche entre les deux dignitaires (MM. Jussy et Serasset ?) est probablement la 3 HP ½.

Stand Jussy au Salon 1904, détail motocyclette
La motocyclette Jussy au Salon 1904


stand Jussy 1904
Salon 1904

Le journal "Le Sport universel illustré" souligne la production importante de pièces détachées pour vélos, motos et voitures automobiles, comme “changements de vitesses, différentiels, arbres à la Cardan”. Il est également mentionné que “sur plan, les usines stéphanoises établissent des châssis complets”, c’est-à-dire des châssis roulants avec moteur, mais sans carrosserie pour “chauffeurs désireux de réaliser des conceptions personnelles”.

Jussy, stand au Salon 1905
Salon 1905

Au Salon de Paris 1905, les Éts Jussy exposent pour la première fois un “tricar-voiturette” avec une direction à volant que l’on peut apercevoir à gauche sur la photo et dont nous parlerons plus loin. Hormis la gamme des vélos, on voit de plus quelques pièces détachées, dont l’axe arrière avec différentiel pour voiture à droite au premier plan. 
Le trio au centre sont sans doute les associés MM. Jussy, Sarasset et Presle, mais on ne sait malheureusement pas qui est qui.

Un brevet demandé le 15 janvier 1906 (N.º 362.411) pour une suspension indépendante de roues des automobiles montre l'intérêt croissant de l'entreprise pour l'automobile. Cette suspension sera utilisée sur les tri-voiturettes (voir plus bas).
En 1906, la société Jussy ouvre un grand atelier de décolletage, où 200 ouvriers fabriquent des pièces de révolution fins (vis, écrous, axes).

 

"Société anonyme des Ateliers du Furan", S.A.F. (à partir de mai 1906)
Usines et bureaux 4, rue Barrouin, Saint-Étienne


ateliers du Furan, en-tête

En mai 1906, un changement de nom officiel a lieu: la raison sociale de la "Société Anonyme des Établissements Jussy" devient la "Société Anonyme des Ateliers du Furan". Le siège social reste situé lieu de la Chaléassière, rue Barrouin; le capital est porté à 1.250.000 francs.

Comme nous l'apprend une description de l'usine de la rue Barrouin datant de 1885, ces ateliers se divisent en trois parties: un atelier destiné à la fabrication — d'abord d'armes, puis de véhicules, un atelier des machines-outils et un atelier de montage. Les machines dans le premier de ces ateliers étaient mûes par une machine à vapeur de la force de 16 cheveaux, celles des deux autres ateliers étaient mises en mouvement par une roue hydraulique faisant une force de 25 cheveaux.

le Furan à La Chaléassière
  Saint-Étienne, La Chaléassière, quelques usines situés au bord du Furan

affiche des Ateliers du Furan avec bicyclette et plaque vélo
Plaque vélo marque "Le Furan" et affiche des ateliers du Furan peinte par Francisco Tamagno

moteur industriel des Ateliers Le Furan, dessinSous son nouveau nom, la société continue d'abord à commercialiser ses vélos sous les marques "Lux", et "Le Furan". La liste des pièces détachées produites comprend des pédaliers, des directions, des pièces de selles, des tendeurs, des freins, des moyeux, des pédales, des chaînes, des têtes de fourche en tubes épanouis, des guidons, des colliers de direction en estampé, des manivelles, des clavettes, des écrous divers décolletés, des écrous de rayons et des pièces de décolletage. En outre, Jussy fabrique sous licence le moyeu "Volo" à roue libre et rétropédalage (ci-dessous). Côté automobile, la fabrication de motos, tri-voiturettes, châssis complets et pièces détachées (moteurs, changements de vitesses, différentiels, etc.) se poursuit.
En 1908, la société se tourne aussi vers la fabrication de moteurs industriels. 

produits 1907 des Ateliers du Furan
Publicité 1907, S.A.F.

les ateliers, chassis voiture(agrandir)

La photo montre l'atelier de production des pièces détachées de la section automobile de la Société des Ateliers du Furan (L'orthographe “Furens” du titre manuscrit était une variante courante à l'époque pour désigner le nom de la rivière Furan, mais elle n'a jamais été utilisée dans le nom de l'entreprise). Sous le toit de l'usine, on peut voir les nombreux arbres de transmission avec leurs poulies et les courroies qui entraînent les machines. Un châssis avec un moteur à 4 cylindres (2 x 2 cylindres jumelés) est visible au premier plan.

réclame de 1908 pour les châssis SAF des Ateliers du Furan
Annonce 1908

Le "Palais Moderne", un grand garage automobile avec atelier de réparation, était également concessionnaire des châssis SAF. 

annonce pour le chassis SAF
Annonce de 1909

La production de véhicules motorisés cessa en 1912 et l'entreprise se concentrait désormais sur la production de vélos et de pièces détachées.

SAF - Société anonyme des Ateliers du Furan, encart publicitaire

La Société Anonyme des Ateliers du Furan fut dissoute en 1950.
 
 

Les tricars et tri-voiturettes

affiche avec trivoiturette des ateliers du Furan

1905

tricar Jussy 1905
Le tricar Jussy au Salon 1905

Le tricar Jussy, qui fit son apparition au Salon 1905, semble être encore au stade de prototype. Il donne l’impression d’un véhicule assez léger, à mi-chemin entre un tricar et une tri-voiturette. D’un tricar léger sont empruntés les pneus étroits et la spartiate chaise passager démodée en tubes de fer (le dossier mince est visiblement rabattu vers l’avant et repose sur l’assise). Par contre, la direction à volant et le baquet confortable du conducteur sont typiques d’une tri-voiturette.

La tri-voiturette S.A.F. à partir de 1906

L’évolution définitive du nouveau tricar apparaît en compétition au printemps 1906. Le 27 mai 1906, Barral se classe troisième au Concours de Tourisme, organisé par L’Automobil Club de Fréjus, encore sur un "Tri-Jussy" (le nom officiel de l'entreprise a changé ce même mois de mai à S.A.F. Atéliers du Furan). 
 
 
tricar des Ateliers du Furan 1906, Coupe d'Auvergne

La photo ci-dessus montre Bonnevie sur le tricar S.A.F. 4 HP ½ lors de la Coupe d'Auvergne, 3-9 septembre 1906, organisée par l'Automobile Club d'Auvergne. Il ne s'est pas classé.
Néanmoins, le 15 septembre 1906, Bonnevie participe au Meeting du Mount-Ventoux et bat le record, bien qu'il ait crevé. 

SAF - Société anonyme des Ateliers du Furan, publicité 1907
Annonce 1907

tricar des Ateliers du Furan SAF
 
Le groupe moteur est disposé sous le baquet du conducteur. Il comprend un monocylindre de 500 cm³ développant une puissance de 4 HP ½, un embrayage progressif à disques métalliques selon le principe d'Hele Shaw et un changement de vitesse à trains baladeurs. Ce changement est à deux vitesses, qui sont toujours en prise, et marche arrière. Il est commandé par un grand levier placé au côté droit du conducteur. La transmission à la roue arrière se fait par chaîne. La mise en marche du moteur s'effectue par une manivelle fixée à demeure. Le refroidissement est à l'eau par thermo-siphon. Un grand réservoir-radiateur est fixé sur le tablier, aux deux côtés du baquet du conducteur. Les radiateurs sont en tubes lisses ventilés. L'allumage est à piles ou accu et bobine, ou à magnéto (en supplément de 215 fr.). Le châssis est en tôle emboutie. Deux freins métalliques à segments extensibles agissent sur la roue arrière. La direction irréversible est à vis sans fin. Deux baquets à 2 ou 3 places étaient disponibleet en option une caisse de livraison. 
 
Ateliers du Furan, photo de presse
 
Trivoiturette des Ateliers du Furan
 
Sur la photo de presse ci-dessus, le radiateur gauche et le panneau latéral sont enlevés pour faire apparaître le moteur monocylindrique. Le réservoir d'essence et d'huile est disposé derrière le baquet du conducteur. La roue arrière est apparemment suspendue par des ressorts à boudin qui se trouvent à l'intérieur d'une boîte métallique et qui sont disposés au-dessus et au-dessous du moyeu. Le mouvement vertical du moyeu est guidé par deux glissières. La suspension en avant est à roues independantes selon le brevet de janvier 1906 déjà mentioné (voir la description plus bas). Des ailes de voiturette en bois (35 fr., en supplément) sur les trois roues protègent les passagers des projections d'eau et de la boue.
Les roues métalliques de 650 x 65 sont munies de pneumatiques de voiturette (antidérapant à la roue arrière 85 fr.). Les moyeux tournent sur des roulements à billes. 
La carrosserie comprend deux baquets avec garniture en pégamoïd. En supplément étaient disponibles une garniture en cuir (75 fr.) et un baquet à deux places à l'avant (30 fr.).


Baretti sur la trivoiturette des Ateliers du Furan, Tour de France 1908
Baretti sur sa trivoiturette S.A.F. lors du Tour de France, organisé par l'Autocycle Club de France, en mai 1908.
 
Paul-Henri Baretti (*19 octobre 1864 à Auteuil, Seine, + 20 décembre 1920 à Asnières), journaliste et co-directeur de "L'Écho des Sports", écrivit un petit livre sur le tricar, L'Automobile de Monsieur Tout-le-Monde (1907), dans lequel il étudie la voiturette et le tricar et conclue en faveur de ce dernier. Dans ce livre, Baretti raconte aussi son voyage de 3.000 km en Bretagne qu'il a fait avec sa femme en 1906 sur un tricar Contal. Lisez ce compte-rendu dans le chapitre "Voyage à deux".
 
L'équipe des Ateliers du Furan sur les trivoiturettes, Tour de France 1908
  
 

L'image de la publicité permet de mieux voir la suspension avant à roues independantes selon le brevet de janvier 1906 déjà mentionné. Cette suspension est “caractérisée par une glissière supportant la fusée et les ressorts, et mobile entre deux guides cylindriques montés entre des plaques mobiles par rapport au châssis et rattachés aux organes de commande de la direction, dans le but de rendre les roues indépendantes à la fois l’une de l’ autre, du châssis, et des organes de commande de la direction, et de permettre au châssis de conserver sa position horizontale quels que soient les obstacles, même de grandeur différente, que peuvent avoir à franchir les roues".

On reconnaît sur la photo et sur le dessin du brevet (ci-dessous) les deux ressorts semi-elliptiques (g) à lames dont les extrémités s'appuient sur la glissière (a) supportant la fusée, et le ressort à lames inversé (h) fixé sous la glissière, ainsi que les longues attaches (i) qui relient les œils des ressorts. La flèche sur la photo indique les deux guides cylindriques verticaux dans lesquels coulisse la glissière librement. La connexion qui transmet le mouvement du pivot de la direction aux roues n'est malheureusement pas visible.

brevet Jussy, suspension, 1906, dessin
 SA des Établissements Jussy, Suspension pour roues de véhicules, brevet 1906

Pour lire le brevet entièrement, cliquez sur les imagettes.

      



Annexe

Société Épalle et Cie


Selon le livre de Frédéric Reydellet, Histoire du Sport Automobile forézien 1891-1960 (1989) p. 24, un certain Épalle aurait acheté 50 châssis aux Ateliers du Furan et construit des voitures sous sa propre marque. Suite à une demande adressée à ce site web par Manfred Heyne, propriétaire de la seule voiture Épalle encore existante, nous ajoutons ici un bref historique de cette marque éphémère. 

Epalle 1912 annonce

À l’origine de cette petite entreprise est le "tourneur sur métaux" Joanny Épalle, né le 17 février 1880 à La Ricamarie (Loire) et mort en novembre 1938 à Saint-Étienne. Dès 1908, il était marié à Marie Minaire.
Le 1er décembre 1909, Joanny Épalle (domicilié alors à Saint-Étienne, 122, rue Boulevard-Valbenoîte) et Antoine Collard fondent la société en nom collectif "A. Collard et J. Epalle" au capital de 5 000 fr. ayant pour objectif la fabrication et la vente de pièces pour voitures et vélos. Le siège social est au 12, rue Victor-de-Laprade à Saint-Étienne, le domicile de Collard. 
Cette société sera dissoute dès le 27 juillet 1910. Le liquidateur est J. Épalle. Collard dévient probablement commanditaire de la nouvellement créée “Société Épalle et Cie", production automobile, car son domicile reste intégré au nouveau domicile commercial 12 et 14, rue Victor-de-Laprade. Une deuxième adresse de la société au 15, rue Bizillon, est le domicile de l’ancien mineur et oncle de Joanny, Antoine Épalle, né le 30 janvier 1852 à La Ricamarie (le lieu de naissance aussi de Joanny) et décédé le 11 janvier 1923 au même endroit.
La nouvelle société est également de courte durée, parce que le 26 août 1911 est créée la "Société commerciale en nom collectif Épalle et Cie" au capital de 30.000 fr. Les fondateurs sont Antoine Épalle, devenu maintenant "constructeur d'automobiles" et l'ingénieur Paul Mailland (domicilié au 2, place Jacquard à Saint-Étienne). Le but de l’entreprise est la construction et la commercialisation d'automobiles. Le siège social est au 15, rue de Bizillon, la raison sociale et signature sont Épalle et Cie. 
 
Le 1er juillet 1912, cette société est de nouveau dissoute, mais une nouvelle société "Épalle et Cie" poursuit son activité dans un autre atelier loué au 58, rue Balay. Mais le 16 mai 1913, un incendie dévastateur détruit entièrement cet atelier. C’est Joanny Épalle qui dépose le bilan une semaine après, le 21 mai 1913. Parmi les pertes figurent "de nombreux châssis en construction et plusieurs voitures en réparation". La liquidation judiciaire qui s’ensuit met un terme définitif à l’entreprise Épalle.

 
Les voitures Épalle
 
 
voiture Epalle 19011 photo ancien
 
En 1911, Épalle et Cie proposèrent 4 types d’automobiles: une voiturette de 8—10 HP à 2 cylindres, une voiture légère de 10—12 HP à 4 cylindres, une voiture légère de 12—14 HP à 4 cylindres et une voiture 14—16 HP à 4 cylindres. La transmission était à cardan.
Selon toute vraisemblance, Épalle a acheté des châssis nus aux Ateliers du Furan, puis les a complétés avec des composants achetés ailleurs ou fabriqués par ses soins.

Le seul survivant connu à ce jour est cette superbe voiture A. Épalle type B de 16 HP, carrossée en double- phaéton 4 places. Elle a été restaurée à la perfection par son propriétaire Manfred Heyne.
La voiture avec châssis nº 55 a été immatriculée pour la première fois le 14 avril 1911 au nom du fabricant de rubans Henri Marie Gabriel Forest à Saint-Étienne.
 
voiture Epalle 1911
 
voiture Epalle 1911
 
voiture Epalle 1911 quatre détails

Le moteur est un 4 cylindres (2 x 2 cylindres jumelés) de 2800 cm³ refroidi à eau. Le graissage se fait par pompe manuelle, fixée à la colonne de direction. L'allumage se fait par magnéto.

voiture Epalle 1911, le moteur
 
 
 

 Chapitre créé le 26 novembre 2018 - chapitre révisé et enrichi le 16 février 2026

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