Au Coin du Tricar

Dussart et Accou


L'article suivant a été inspiré par le journaliste australien et historien de la locomotion Graeme Cocks, qui recherche l'histoire d'un tandem Dussart & Accou en Australie et qui s'est dirigé à nous pour reconstruire l'histoire de la marque à partir des sources françaises. Bien que la marque n'ait pas fait des tricars, nous présentons néanmoins le résultat de notre enquête aux lecteurs en espérant que cette marque pratiquement inconnue est d'un intérêt général.

 

Dussart et Accou
Constructeurs
12, rue Corneille, Roubaix (Nord)

La société au capital de 50.000 francs Dussart et Accou, constructeurs à Roubaix (Nord), fut fondée quelque part entre 1893 et 1899 et se consacrait d'abord à la fabrication de bicyclettes. Les fondateurs étaient Édourd François (dit Edmond) Dussart et l'un des frères Silvère et Alphonse Accou qui étaient des cyclistes renommés et gagnants de beaucoup de courses de bicyclettes, tandems à moteur, tricycles et même de voitures automobiles. Ils commençaient leur carrière sportive quelque temps avant 1893.

Le cofondateur de l'entreprise, Silvère Augustin Accou, mécanicien de profession, est né le 22 juin 1865 à Roubaix et mort le 10 janvier 1928 à Mouveaux, près de Roubaix. Son frère Adolphe Auguste Accou, également mécanicien, est né le 17 juin 1872 à Menen, en Belgique. Leur sœur Pauline Aline est née le 24 novembre 1867 à Menen. Les parents, Auguste Édouard Accou (9 juin 1829 – 11 juillet 1907) et sa femme Adèle Sophie, née Boulangé, étaient de nationalité belge.

Le 28 juillet 1892, Pauline Aline Accou épousa à Roubaix Édouard François "Edmond" Dussart, né le 27 janvier 1868 à Roubaix et mort là le 16 septembre 1938. En 1893, l'année où est née leur fille Marguerite Dussart, le couple habitait Roubaix, Bd d'Armentières. Mais quelque temps avant 1899, ils déménagèrent au 3, Bd de la République, Roubaix, ce qui était aussi le premier siège de la manufacture Dussart & Accou. La belle affiche avec Pierrot et Pierrette sur des bicyclettes Dussart & Accou (vendue aux enchères, Hôtel Drouot, 2010) date donc des années 1893 – 1899. Le partenaire de Dussart était sans doute Silvère Accou, et non pas Alphonse qui avait toujours sa propre manufacture de bicyclettes. En 1901, ses ateliers étaient situés à Turcoing (près de Roubaix), rue Kléber, et en 1911, il avait déménagé à St.-Étienne, rue de Fontainebleau.

En 1899, la famille Dussart ainsi que le bureau et les ateliers Dussart & Accou déménagèrent au 12, rue Corneille (Roubaix), où la firme restait apparemment jusqu'à la première Guerre Mondiale. En 1919, on la retrouve à Tourcoing, rue du Faucon (près de la rue Kléber, où se trouvaient les ateliers d'Alphonse).


Réclame de 1900

Outre à la construction de vélos, tricycles et motocyclettes, la firme s'est aussi consacrée à la vente de voiturettes de Dion-Bouton, d'avant-trains Chenard (pour transformer des tricycles en quadricycles) et de la fourniture. À l'époque, la marque était surtout connue par ses tandems à pétrole "tape-cul" (modèle breveté, selon Le Vélo, 5.7.1898) pour l'entraînement de stayers. 

 
Les frères Jewell sur un tandem Dussart & Accou à moteur de Dion-Bouton importé en Australie occidental en 1899

La marque s'illustrait aussi en compétition où elle engageait des tandems, tricycles et motocyclettes menés par les pilotes Silvère et Adolphe Accou, Dussart et Bathiat, un coureur originaire de Lille. De plus, les cyclistes Chase, Palmers, Platt-Betts ont battu plusieurs records du monde avec des tandems Dussart-Accou.

Le succès des tandems Dussart & Accou inquiétait tellement leurs concurrents les plus acharnés, Gaston Rivierre et Léonce Girardot, que ces derniers tentèrent un procès contre les constructeurs roubaisiens, "prétendant que ceux-ci avaient contrefait un modèle de tandem à pétrole dont ils possédaient le brevet de fabrication. Il y eut même préalablement une saisie pratiquée dans les ateliers des fabricants roubaisiens et dans laquelle furent compris quelques tandems commandés par différents stayers, dont Huret et Garin" (Le Vélo, 11 décembre 1899, p.4/6).

 
Constant Huret

La saisie des machines a eu lieu le 1er septembre 1898, à la veille de la course de 24 heures à Berlin et de la course de 100 km à Hambourg, où Constant Huret était engagé par contrat. Outre les deux machines commandées par Huret, ont été saisis aussi deux tandems destinés respectivement à Roble (pour les 24 heures de Berlin) et à Garin, ainsi que toutes les pièces détachées existant dans l'atelier. Selon Le Vélo (3 septembre 1898), Huret, le favori de la course berlinoise, et son manager Pognon "ne se gênaient nullement pour déclarer que cette saisie faite, à la veille d'une course importante à laquelle Huret et Rivierre devaient participer, semblait n'avoir d'autre but, de la part de ce dernier, que de se débarrasser d'un concurrent plus que dangereux". La Cour d'appel de Douai devait en outre trancher la question de brevetabilité de ce type de machines.

Notre tâche se limite à trancher la question si Dussart et Accou ont vraiment contrefait le tandem de Rivierre et de Girardot en enfreignant deux brevets "pour l'adaption du moteur à pétrole sur les bicyclettes, simples ou tandems" (Le Vélo, 3.9.1898) :


Dessin issu du brevet de Rivierre et Girardot (1897)

Vers le brevet (20 décembre 1897) de Rivierre et Girardot concernant la motocyclette ci-dessous.


Henry Fournier sur la motocyclette Rivierre-Girardot environ 1899

Le cadre du tandem Dussart & Accou à simples tubes horizontaux et selle arrière montée derrière la roue arrière se différencie nettement du tandem à double barres Rivierre/Girardot. La position du moteur de Dion-Bouton 1 ¼ Hp dans le triangle du cadre entre les deux cyclistes est plus ou moins prédéfinie et on peut difficilement faire autrement sur une telle machine, puisque c'est le cycliste d'arrière qui régule et surveille le moteur. De ce fait, on comprend facilement la question de brevetabilité qui préoccupait les juges. La partie arrière du tandem sans la selle du cycliste et la transmission de la force du moteur par roues dentées ressemblent, il est vrai, à celle de la motocyclette simple de Rivierre/Girardot. Mais ce mode de transmission ne fut pas inventé par Rivierre et Girardot et la position du moteur est motivée par la construction spécifique d'un tandem. L'avis que surtout Rivierre se voulait débarrasser d'un concurrent ne peut donc être balayée d'un revers de main.
La Cour de Douai a rendu son arrêt en décembre 1900 et accordait à Dussart & Accou 2.000 francs de dommages-intérêts et le remboursement des frais d'expertise.


1919

L'activité de la société Dussart & Accou semble avoir cessé vers 1928, l'année de la mort de Silvère Accou.

 

Le tandem Dussart & Accou

Le seul survivant connu d'un tandem Dussart & Accou se trouve en Australie et est en cours de restauration. Nous en devons la connaissance à Graeme Cocks qui nous a fait aimablement parvenir les photos de la moto. Ce tandem fut importé par Percy Armstrong, un cycliste et passionné des voitures et des motos qui importait aussi des motocyclettes Werner. Percival William Armstrong est né le 13 septembre 1866 à Stratford, Victoria, et mort à West Perth le 8 août 1942. Étant un sportsman passionné, il entreprit en 1893 conjointement avec R. Craig une balade légendaire de 3.200 km à vélo de Croydon à Sidney.
Une biographie plus exhaustive sur Percy Armstrong se trouve sur le site web du Western Australian historical cycle club (WAHCC).


Percy Armstrong et son entraîneur Donald Leslie

 
Percy Armstrong sur une motocyclette Werner importée par lui-même 

Les photos du tandem Dussart-Accou en cours de restauration ci-dessous montrent clairement le mode de fixation du moteur dans le cadre dont la partie centrale accuse la forme d'un V constitué de deux fourches solides entre les bras desquelles est fixé le carter du moteur. Le pédalier du cycliste d'arrière actionne directement le moyeu de la roue.



Le moteur de Dion-Bouton 1 HP ¼ ou 1 HP ¾ à refroidissement par air est muni d'un graisseur goutte à goutte à débit réglable vissé sur le carter.

Le corps du graisseur se compose d'un cylindre en verre épais qui est monté entre deux plaques rondes en cuivre. Un tel graisseur est aussi visible sur la machine des frères Jewel datant de 1899.

L'alimentation se fait par un carburateur à barbotage (refabriqué) de Dion-Bouton qui sert à la fois comme réservoir d'essence. Il s'agit d'un modèle sans système de chauffage par dérivation des gaz d'échappement. L'évaporation de l'essence est facilitée par la chaleur du pot d'échappement monté en dessous du carburateur, comme sur la motocyclette Rivierre-Girardot.

Comme on voit sur la photo des frères Jewel plus haut, la batterie, montée derrière la douille de direction, était, elle aussi, empruntée du tricycle de Dion-Bouton.

 

Les brevets Dussart-Accou

On connaît trois brevets non retrouvés de la société Dussart & Accou : 

Nº 287.152 Dussart et Accou (société). Perfectionnement apporté à la propulsion mécanique des vélocipèdes, 28 mars 1899 
Nº 346.988 Dussart et Accou, Suspension élastique de fourches de cycles, 8 octobre 1904
Nº 360.804 Dussart et Accou, Pneumatique, 23 novembre 1905.

En outre, il y a un brevet déposé par Ed. Dussart en 1922 lequel a pour objet un ressort compensateur pour voitures automobiles. 

Nº 556.750, Edmond Dussart, Compensateur pour véhicules, 2 octobre 1922  

Il s'agit d'un ressort à lames disposé transversalement tant à l'avant comme à l'arrière d'un châssis automobile. Les extrémités de ce ressort compensateur sont reliées aux longerons du châssis par des tiges filetées qui permettent de réguler la tension du ressort qui est à la fois fixé en son milieu sur l'essieu. Son rôle est de limiter le déplacement du châssis et de la carrosserie sur les essieux et de produire un roulement plus doux.

 

 


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